Le chemin de fer a été déterminant dans l’évolution de Saint-Lambert. Replaçons-en le contexte : la révolution industrielle fait de Montréal un pivot de l’activité économique continentale. La nécessité de liens de plus en plus rapides avec nos voisins du sud et les ports de l’Atlantique motivent divers groupes d’hommes d’affaires à créer des chemins de fer. Le lien ferroviaire Saint-Jean/La Prairie, inauguré en 1836 pour relier deux voies navigables, est prolongé en 1852 au coeur de ce qui deviendra Saint-Lambert.

 

Visite du candidat John Diefenbaker à la gare de Saint-Lambert - Photo : Bruce Field (Source : Société d'histoire Mouillepied)

Visite du candidat John Diefenbaker à la gare de Saint-Lambert – Photo : Bruce Field (Source : Société d’histoire Mouillepied)

C’est un réel chambardement pour les cultivateurs du Mouillepied voyant leur terre coupée en deux par les rails qui, venant de La Prairie, suivent l’axe de l’actuel boulevard Queen pour rejoindre le bord du fleuve au pied de l’avenue Victoria en coupant de biais le quartier Victoria Park, puis les futures avenues Saint-Denis, Lorne et Argyle. Une jetée relie la rive à l’île Moffatt, d’où les bateaux transitaient vers la pointe à Callière. Le centre de Saint-Lambert est alors occupé par quelques bâtiments utilitaires et une gare. On y trouve aussi un hôtel, des résidences d’été pour les Montréalais, et des maisons sont érigées sur ce que deviendront les rues Prince-Arthur, Aberdeen et Elm. Une école est construite en 1854, pour les enfants des employés de la compagnie du chemin de fer. Cette année-là aussi est divisée en lots la partie nord du chemin de Lapinière (avenue Victoria), entre le fleuve et la future rue du Grand-Tronc. Peu après, en 1857, la municipalité de Saint-Lambert est officiellement créée.

Un projet plus imposant est déjà en ébullition : la Compagnie du Grand Tronc du Canada met en branle la construction du pont Victoria en 1854. Le chantier est établi au bas de l’actuelle avenue Edison, sur une des terres de Pierre Bétournay. Le pont tubulaire, alors strictement ferroviaire sera inauguré en 1860. Cette merveille d’ingénierie rend caduque l’utilisation de la traverse par l’île Moffatt qui durera encore quelques années. Son abandon amène, en 1872, le lotissement et la vente de terrains du secteur délimité par les avenues Victoria et Saint-Denis. Les nouvelles maisons poussent déjà vers 1875 au pied de l’avenue Lorne. Au début de années 1880 sera aussi installée la ligne conduisant à Sorel. Ce segment sera démantelé en 1969 et on peut en deviner le tracé en parcourant la Coulée verte. Les Lambertois pourront utiliser le pont Victoria pour se rendre à Montréal en voiture dès la toute fin du XIXe siècle, alors qu’il sera élargi. Il servira aussi au tramway à partir de 1909.

(2010)

Le pont Victoria vu du bord de l'eau vers 1920 (Collection de la Société d'histoire Mouillepied)

Le pont Victoria vu du bord de l’eau vers 1920 (Collection de la Société d’histoire Mouillepied)