Les Boissy devant leur boucherie vers 1907 (Source : famille Boissy)

Les Boissy devant leur boucherie vers 1907 (Collection : SHM – Source : famille Boissy)

Dès 1881, l’année de son mariage avec Anastasie Lajeunesse (1857-1949), Alexandre Boissy (1857-1940), originaire de Saint-Bruno-de-Montarville, s’installe sur l’avenue Lorne, comme employé de la Grand Trunk Railway Company. En 1890, il se dit charretier. En 1895, il ajoute à cela le commerce d’épicerie, puis finalement s’y consacre entièrement dès 1898 alors qu’il emménage, avenue Victoria. Il maintiendra plusieurs années une écurie lui permettant de faire la livraison à ses clients. Il sera aussi bedeau pour la paroisse Saint-Lambert. Le couple Boissy donnera naissance à 11 enfants entre 1883 et 1904 environ.

Sur Victoria, il réside au 412 et son commerce est au 504. Le commerce s’affiche Boissy Bros Butchers, signe qu’Alexandre travaillait avec ses fils Rosario (1884-1963) et Roméo (1884-1949), comme en font foi des photographies prises devant la boucherie dans les premières années du XXe siècle. Les deux frères se séparent quand Rosario ouvre une épicerie-boucherie sur la rue Sainte-Hélène, coin Saint-Laurent, à Montréal-Sud en 1908, l’année de son mariage avec Albertine Duquette.

En 1912, la boucherie de Roméo double de superficie. Au milieu des années 1910, ce dernier quitte la maison paternelle pour s’installer dans une maison qu’il a fait construire sur l’avenue Victoria, tout au coin de la rue Aberdeen. En 1917, le commerce se replie sur le coin de la rue Green, tandis que l’autre moitié du local sera occupée par l’épicerie d’Albert Émard (1891-1972), époux de Dorilla Boissy (1893-1995), la sœur de Roméo. En 1922, les frères de Roméo, Léo (1894-1969, qui travaillera plus tard à l’épicerie Rainbow) et Henrico (1897-1991), se joignent à leur frère dans le Marché Boissy. En 1924 est ouvert le Boissy Furniture Store au 476 Victoria, magasin qui disparaît en 1928. Roméo Boissy est alors conseiller municipal, avant d’être maire, de 1931 à 1935. Il avait épousé Albertine Boudrias (1893-1984).

Albert Émard ouvre donc son épicerie en 1917, pour la transformer en restaurant au début des années 1940. Il sera au 506 Victoria jusqu’en 1950, lorsque la Banque de Montréal acquiert la propriété de madame Boissy pour y construire sa nouvelle succursale. Le Albert Hamburger Shop s’installe alors au 594 Victoria où un incendie en forcera la fermeture en 1970.

En 1933, le Marché Boissy déménage au 470 Victoria, où il demeure jusqu’en 1950. L’année d’après, ce dernier a cédé sa place au St. Lambert Meat Market de Henri Beauchamp. En 1939, le Boissy’s Market est toujours propriété de Roméo Boissy, et Y. Fissette en est le gérant. Cette même année, Emerril, un des fils de Rosario, y sera commis. L’épicerie est reprise en 1950 par Monsieur Cardinal pour 2 ans, puis par M. Arsenault qui le maintiendra jusqu’à la fin des années 1950. La mercerie Bazinet et Sainte-Marie prendra sa place dès lors.

On peut dire qu’Alexandre Boissy a donné le goût du commerce à sa famille. Outre ses quatre fils déjà mentionnés, ainsi que son gendre Albert Émard, trois autres de ses filles seront impliquées dans une activité commerciale. Le fils d’Eva, Raymond Beauchemin, œuvre dans l’assurance. Anna (ou Georgianna) épouse Omer Camerlain, et leur fils Roger ouvre un magasin de meubles sur la rue Green, en plus de tenir avec ses frères Florent et Claude, le Domino Shoe Store. Enfin, Ludovica épouse un fils de Basile Lamarre, Louis Lamarre (1892-1956) qui possèdera un magasin de vêtements pour hommes et femmes, voisin de Taylor, de 1924 à 1950, et il possèdera le Ludo Sweets au 542 Victoria en 1930. Il est propriétaire du bâtiment abritant son commerce, ainsi que la quincaillerie Shanahan et une bijouterie. La famille Lamarre occupe un logement au-dessus du commerce.

La troisième génération fournira aussi son lot de commerçants. Chez les enfants de Rosario, Florence (1908-1998) épouse Paul-E. Baillargeon (1908-1983), commerçant de bois à Montréal; Maurice (1910-1988) est propriétaire d’une compagnie de livraison de mazout à Saint-Lambert de 1936 à 1960, avant d’être fonctionnaire pour le ministère de la Voirie du Québec; Liliane épouse Raymond Sainte-Marie et le couple ouvrira vers 1965 le Perrette du 662 Victoria, tout en travaillant pour la compagnie de Taxi Saint-Lambert. Emerrill (1916-1984) sera policier au bureau lambertois de la Sûreté du Québec, tandis qu’André a œuvré dans l’immobilier et a eu deux snack bar, un au 420 Victoria dans les années 1940, l’autre dans l’édifice Baxter à la fin des années 1970 (selon Guy Boissy).

Le fils d’Anna Boissy, Roger Camerlain, a exploité le Victoria Furniture de 1947 à 1964 au 43 de la rue Green, juste à côté du magasin Jazzar. En parallèle, il a eu le Domino Shoe au 504 Victoria de 1952 à 1957, dans le local que l’épicerie de son grand-père occupait vingt ans plus tôt. Denis Boissy, le fils de Roméo, a fait de l’immobilier. Il fut un des évaluateurs dans le dossier des expropriations de Mirabel, et a été élu conseiller municipal à Saint-Lambert en 1961.

À la quatrième génération, seul Guy Boissy (1937, époux de Lise LeRoyer) est en affaire comme optométriste depuis 1960, d’abord au 404 de la rue Victoria jusqu’en 1967, puis au 17 du boulevard Desaulniers jusqu’en 1991, enfin au 400 de l’avenue Notre-Dame depuis cette date. Il a travaillé avec son fils Daniel, aussi optométriste, cinquième génération des Boissy en affaires. Guy Boissy, comme son grand-oncle, a été maire de la ville de Saint-Lambert de 1994 à 2001, enfin conseiller du quartier Saint-Lambert/LeMoyne de 2002 à 2005, période durant laquelle le territoire lambertois a été un arrondissement de la ville de Longueuil. Guy Boissy s’est distingué à plusieurs titres, notamment comme un des fondateurs de la Fondation des amis de la Bibliothèque municipale de Saint-Lambert et président de la fabrique de la paroisse Saint-Lambert. Son fils François a par la suite été conseiller municipal entre 2009 et 2013.

(2006)